Maisla vie continue. Câest lâhistoire dâun homme qui vient dâavoir 82 ans. DĂ©jĂ ? Jadis, il Ă©tait toujours pressĂ©, il rĂ©gnait sur le monde de la culture et il se sentait invincible. Aujourdâhui, Ă la retraite, câest plus calme : les dĂ©faillances du corps, les anxiĂ©tĂ©s de lâĂąme, la peur de perdre ses vieux amis qui
Troisauteurs de renom seront prĂ©sents, Ă la mĂ©diathĂšque Ă partir de 16 h, pour une sĂ©ance de dĂ©dicaces et de lectures : Philippe Alexandre, BĂ©atrix de lâAulnoit et Bernard Pivot.
BernardPivot sera sur la scĂšne de lâauditorium du Burghof, mardi 12 dĂ©cembre Ă 20 h, pour jouer son spectacle Au secours ! Les mots mâont mangĂ©. Entretien avec le journaliste, homme de
Producteuret animateur jusqu'en 2001 de "Bouillon de culture", il a aussi créé les championnats de France de l'orthographe, les Dicos d'or. Il assure une chronique hebdomadaire dans le JDD . Le dernier Goncourt, attribué en novembre, le dernier en présence de Bernard Pivot, a distingué Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n'habitent pas le monde de la
Quedevient Bernard Pivot, le mythique présentateur d 'Apostrophes et Bouillon de culture ? Télé-Loisirs a pris de ses nouvelles dans son hors-série, sorti le 26 mars dernier.
Jadis il Ă©tait toujours pressĂ©, il rĂ©gnait sur le monde de la culture et il se sentait invincible. Aujourdâhui, Ă Parution : 11/08/2021 Editeur : Audiolib. Format(s) : MP3. MP3 J'achĂšte. 19, 95 ⏠Feuilleter Mais la vie continue. Bernard Pivot. Câest lâhistoire dâun homme qui vient dâavoir 82 ans. DĂ©jĂ ? Jadis, il Ă©tait toujours pressĂ©, il rĂ©gnait sur le monde de
. BERNARD PIVOT - Le journaliste ici en 2001 a lancĂ© en 2009 le ComitĂ© de dĂ©fense du beaujolais. REUTERS/John Schults DĂ©cembre 1989, sur le plateau d'Apostrophes. Bernard Pivot, maĂźtre des lieux, consacre son rendez-vous hebdomadaire aux plaisirs populaires. Parmi ses invitĂ©s, Georges Duboeuf, dĂ©jĂ surnommĂ© le "pape du beaujolais". Ce nĂ©gociant, qui a bĂąti un empire, raconte comment la sortie des vins primeurs de sa rĂ©gion est devenue un Ă©vĂ©nement commercial planĂ©taire. La parole passe Ă Jean-Pierre Coffe, autre participant de l'Ă©mission. Le pourfendeur de la malbouffe titille le vendeur de bouteilles sur la chaptalisation, une mĂ©thode qui consiste Ă ajouter du sucre dans les cuves afin d'augmenter artificiellement le degrĂ© d'alcool. Ni une ni deux, l'animateur s'interpose "Georges Duboeuf dit qu'une honnĂȘte et douce chaptalisation amĂ©liore le vin." Pas touche au beaujolais ! En Bernard Pivot, le rouge le plus fĂȘtĂ© s'est trouvĂ© son meilleur dĂ©fenseur. Lobbyiste ? Cet amoureux de la langue française prĂ©fĂšre se dĂ©finir comme l'"Ă©chanson" du beaujolais. LittĂ©ralement, "la personne qui verse Ă boire". CoĂŻncidence les heures de gloire du vin canaille correspondent Ă celles du journaliste 1. De 1975, premier millĂ©sime d'Apostrophes, au dĂ©but des annĂ©es 2000, oĂč les tĂ©lĂ©spectateurs purent dĂ©guster la derniĂšre goutte de Bouillon de culture. Aujourd'hui, le jurĂ© de l'acadĂ©mie Goncourt s'est muĂ© en avocat opiniĂątre de ce vignoble victime du dĂ©samour des consommateurs. Quitte Ă se fĂącher Ă table face Ă des rĂ©calcitrants "DĂ©nigrer par principe ce vin, c'est comme critiquer un livre sans l'avoir lu." Illustration de son plaidoyer bachique, Pivot a lancĂ©, en 2009, le ComitĂ© de dĂ©fense du beaujolais. Une rĂ©ponse au "lynchage dont [ce] vin du peuple, vin des ouvriers, vin festif, est victime alors qu'il est un symbole de l'identitĂ© française", dixit son cofondateur PĂ©rico LĂ©gasse, chroniqueur gastronomique Ă Marianne. Une fois par an, ses dix membres se rĂ©unissent pour distinguer de leurs papilles Ă©clairĂ©es un beaujolais nouveau et un beaujolais-villages nouveau. De quoi, Ă©videmment, attirer l'attention des mĂ©dias sur ce vignoble en crise. "Notre initiative n'est qu'une goutte dans la cuve, convient Bernard Pivot. Offre limitĂ©e. 2 mois pour 1⏠sans engagement Mais c'est une maniĂšre de dire aux vignerons de la rĂ©gion qu'on ne les oublie pas." Une marque de reconnaissance de sa part, aussi ne doit-il pas au vignoble du nord de Lyon - sa ville natale - ses premiers pas professionnels ? Comme il le rapporte dans son Dictionnaire amoureux du vin, c'est en promettant au rĂ©dacteur en chef... un caquillon petit tonneau de 10 litres de beaujolais qu'il a dĂ©crochĂ©, Ă 23 ans, un poste au Figaro littĂ©raire ! Les parents du dĂ©butant exploitaient alors quelques arpents de vigne Ă QuinciĂ©-en-Beaujolais RhĂŽne. PropriĂ©taire d'une maison dans le Beaujolais depuis 1968, Bernard Pivot s'est toujours refusĂ© Ă racheter un domaine viticole. C'est dans cette bourgade de 1 100 Ăąmes, Ă l'ombre du mont Brouilly, que se trouve l'origine de l'histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Pivot, commerçants lyonnais, s'y rĂ©fugient. Ils possĂšdent lĂ une maison familiale. Le petit Bernard - il n'a pas 10 ans - vendange, frĂ©quente cuvages et caveaux. Bref, s'imprĂšgne du Beaujolais. "J'ai Ă©tĂ© Ă©levĂ© Ă son vin, il coule dans mes veines. MĂȘme si j'en ai rencontrĂ© et apprĂ©ciĂ© d'autres, bien plus illustres, par la suite", confie- t-il. Son frĂšre Jean-Charles s'installe au village et Ă©pouse la vie de vigneron. Le journaliste, lui, achĂšte en 1968 une jolie demeure dans laquelle il continue de se rendre rĂ©guliĂšrement. Il est mĂȘme Ă©lu sans Ă©tiquette adjoint au maire de la commune pendant un mandat, de 1977 Ă 1983. Et la bibliothĂšque du bourg - qui porte son nom - renferme plus de 12 000 livres offerts par le critique littĂ©raire. Avec, souvent, dans la marge, ses prĂ©cieuses annotations. "Comment parler littĂ©rature et aimer ce petit vin ?"A Paris, son image d'homme de tĂ©lĂ©vision se colore de beaujolais. "Des intellectuels me l'ont reprochĂ© quand, dans les annĂ©es 1980, Apostrophes est devenu incontournable. Comment pouvais-je parler littĂ©rature et aimer ce petit vin ?" se souvient-il. L'amateur de moulin-Ă -vent et de cĂŽte-de-brouilly en a pris son parti "Cette rĂ©putation a contribuĂ© Ă me rapprocher des tĂ©lĂ©spectateurs. Je passais pour quelqu'un qui ne se la pĂ©tait pas !" Pour dĂ©fendre la cause beaujolaise, il a plaidĂ© jusque... devant la justice. En 2006, la sociĂ©tĂ© de Georges Duboeuf est poursuivie pour "tromperie et tentative de tromperie". Une affaire de mĂ©lange de raisins de diffĂ©rentes appellations. Sans hĂ©siter, Bernard Pivot se porte - "en ami" - tĂ©moin de moralitĂ©. "Il est impossible qu'il soit un tricheur", dĂ©clare-t-il Ă la barre du tribunal de Ville-franche-sur-SaĂŽne. Peine perdue. L'entreprise est condamnĂ©e, bien que la responsabilitĂ© de la supercherie se porte sur un collaborateur et non sur le dirigeant. Georges Duboeuf voue une grande estime - rĂ©ciproque - Ă l'ancien journaliste. "C'est un trĂšs bon dĂ©gustateur, gourmand et gourmet. Son influence pour le beaujolais est importante", juge le patron. Par l'entremise de ce dernier, Bernard Pivot a fait partie des rares chanceux Ă bĂ©nĂ©ficier, pendant quelques millĂ©simes, des bouteilles de feu Henri Jayer, vigneron bourguignon de lĂ©gende. Du Bernard Pivot sur les Ă©tals chinoisEnfin ! s'est-on exclamĂ© dans le vignoble. Bernard Pivot a cĂ©dĂ© depuis l'an dernier, une cuvĂ©e de beaujolais-villages porte son nom. "Jusqu'Ă prĂ©sent, je trouvais cela incompatible avec mon mĂ©tier d'animateur d'une chaĂźne du service public. Mais, aujourd'hui, je suis retraitĂ©", se justifie-t-il. Philippe Lacondemine, ancien prĂ©sident de la cave coopĂ©rative de QuinciĂ© - Ă laquelle le journaliste apporte les raisins des quelques ceps qui entourent sa maison -, l'a convaincu une veille de NoĂ«l. "Je lui ai dit que ce vin devait ĂȘtre accessible, comme lui l'avait Ă©tĂ© avec les tĂ©lĂ©spectateurs", raconte ce vigneron. RĂ©sultat, de 50 000 Ă 60 000 bouteilles par millĂ©sime, vendues environ 6 euros l'unitĂ© dans une enseigne de la grande distribution. Le contenu est sĂ©lectionnĂ© par un jury d'Ă©mĂ©rites dĂ©gustateurs - oĂč l'on retrouve PĂ©rico LĂ©gasse ou encore... Georges Duboeuf. "Un vin sĂ©rieux, mais gai et populaire, Ă l'image de celui dont il porte le patronyme", selon les mots du restaurateur Pierre Troisgros, membre de l'Ă©quipe. Des nĂ©gociations sont mĂȘme en cours pour l'exporter dans... l'empire du Milieu, oĂč le Dictionnaire amoureux du vin vient d'ĂȘtre traduit en mandarin. Sa commission ? 24 bouteilles. Rien de plus. "Pas un centime ! Si j'ai acceptĂ© qu'on utilise mon nom, c'est pour aider le beaujolais", insiste Bernard Pivot. C'est son obsession ne pas ĂȘtre accusĂ© de gagner de l'argent sur les fruits de la vigne. Pour cette raison - "et parce que ce n'est pas [son] mĂ©tier" -, il s'est toujours refusĂ© Ă racheter un domaine viticole. "Combien de fois me l'a-t-on suggĂ©rĂ©", soupire-t-il. Mais lui, combien a-t-il rapportĂ© au Beaujolais ? Difficile de quantifier les effets de sa notoriĂ©tĂ© en nombre de bouteilles vendues... "La profession, en tout cas, ne l'a pas assez sollicitĂ© quand il Ă©tait au sommet de sa gloire", regrette un vigneron. "Les retombĂ©es Ă©conomiques de prescripteurs comme lui sont considĂ©rables", ajoute nĂ©anmoins FrĂ©dĂ©ric Laveur, prĂ©sident de l'organisme de gestion et de dĂ©fense des appellations gĂ©nĂ©riques du vignoble. Depuis deux ans, Bernard Pivot a d'ailleurs Ă©tĂ© rejoint par un autre avocat de renom, qui Ă©labore pour Leader Price sa cuvĂ©e de beaujolais nouveau. Un certain... Jean-Pierre Coffe. 1 Ancien membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion. Les plus lus OpinionsLa chronique de Vincent PonsVincent Pons, avec Boris VallĂ©eLa chronique de Marion Van RenterghemPar Marion Van RenterghemLa chronique de Sylvain FortPar Sylvain FortLa chronique du Pr Gilles PialouxPar le Pr Gilles Pialoux
DâApostrophes, lâĂ©mission littĂ©raire la plus cĂ©lĂšbre de la tĂ©lĂ©vision Ă la prĂ©sidence de lâAcadĂ©mie Goncourt, dont il vient de prendre sa retraite, Bernard Pivot est lâhomme qui fit entrer la littĂ©rature dans le salon des Français. CooptĂ© Ă lâAcadĂ©mie Goncourt en 2004 -il a Ă©tĂ© le premier non-Ă©crivain Ă rejoindre la prestigieuse institution-, il en Ă©tait devenu le prĂ©sident en 2014, avant de se retirer ce mardi, Ă 84 ans, pour retrouver un libre et plein usage de son temps». Ce fou de littĂ©rature, dĂ©fenseur acharnĂ© de la langue française et ami sincĂšre des mots, a animĂ© durant 15 ans de 1975 Ă 1990 lâĂ©mission littĂ©raire Apostrophes qui, chaque vendredi, Ă©tait suivie par des millions de tĂ©lĂ©spectateurs. VĂȘtu de la blouse grise des instituteurs dâautrefois, Bernard Pivot est aussi celui qui tenta de rĂ©concilier les Français avec lâorthographe en organisant, Ă partir de 1985, les Dicos dâor», cĂ©lĂšbre championnat dâorthographe qui a remis la dictĂ©e au goĂ»t du jour. Cette appĂ©tence pour la langue française remonte Ă loin, expliquait Bernard Pivot en mars 2016 Ă lâoccasion de la prĂ©sentation de son livre Au secours! Les mots mâont mangĂ© Allary Editions. Je suis un enfant de la guerre. JâĂ©tais rĂ©fugiĂ© avec ma mĂšre dans un petit village du Beaujolais, et mes seuls livres Ă©taient un dictionnaire et les fables de La Fontaine. La Fontaine me parlait de âzĂ©phyrâ ou dââaquilonâ, et Le Petit Larousse me renseignait sur ces mots Ă©tranges», avait-il confiĂ©. Une de ses plus grandes fiertĂ©s est dâĂȘtre entrĂ© dans le Petit Larousse en 2013. Amateur de beaujolais Homme de lettres, au sens propre, il nâa Ă©crit Ă ce jour que deux romans Lâamour en vogue 1959 et Oui, mais quelle est la question? 2012. En parallĂšle, il est lâauteur de plusieurs essais, sur la langue française, mais aussi sur ses deux autres grandes passions le vin et le football. NĂ© Ă Lyon le 5 mai 1935 dans une famille de petits commerçants, il a passĂ© son enfance dans le Beaujolais et Ă©tait connu pour ĂȘtre un amateur Ă©clairĂ© des vins de ce terroir. On lui doit notamment un Dictionnaire amoureux du vin Plon, 2006 qui fait autoritĂ©. Fou de foot, il est restĂ© fidĂšle Ă lâAS Saint-Ătienne et Ă lâĂ©quipe de France. Ces derniĂšres annĂ©es, il a Ă©tĂ© trĂšs actif sur Twitter avec plus dâun million dâabonnĂ©s, partageant ses humeurs et ses vues. Mais, au-delĂ de toutes ses activitĂ©s, câest en tant que journaliste quâil aime se dĂ©finir. AprĂšs un passage au ProgrĂšs de Lyon, il entre au Figaro littĂ©raire en 1958. Chef de service au Figaro en 1971, il dĂ©missionne en 1974 aprĂšs un dĂ©saccord avec Jean dâOrmesson. LâacadĂ©micien aux yeux bleus sera nĂ©anmoins le recordman des passages dans les Ă©missions littĂ©raires de Pivot. Des invitĂ©s inoubliables Câest le jour de lâan 1967 que Pivot apparaĂźt pour la premiĂšre fois Ă la tĂ©lĂ©vision, pour Ă©voquer Johnny Hallyday et Sylvie Vartan⊠En 1974, aprĂšs lâĂ©clatement de lâORTF, il lance Apostrophes, diffusĂ© pour la 1re fois sur Antenne 2 le 10 janvier 1975. Il fonde la mĂȘme annĂ©e avec Jean-Louis Servan-Schreiber le magazine Lire. Apostrophes devient le rituel incontournable du vendredi soir jusquâen 1990. Il anime lâĂ©mission en direct, introduite par le concerto pour piano numĂ©ro 1 de Rachmaninov. On y rit beaucoup, on sâinsulte, on sâembrasse⊠Le public adore et les ventes de livres suivent. Les gĂ©ants des lettres se succĂšdent dans le salon» de Pivot qui sait crĂ©er une intimitĂ© avec ses invitĂ©s et rĂ©unir des duos improbables. Il y aura des moments inoubliables Cavanna taclant un Charles Bukowski ivre, avec un fameux Ta gueule, Bukowski!», lâinterview de Soljenitsyne, de Marguerite Duras ou de Patrick Modiano. Sagan, Barthes, Bradbury, Bourdieu, Eco, Le ClĂ©zio, Badinter, Levi-Strauss ou encore le prĂ©sident Mitterrand seront ses invitĂ©s. En 1987, il interviewera clandestinement Lech Walesa en Pologne. FacĂ©tieux, il soumet ses invitĂ©s au questionnaire de Pivot», inspirĂ© de celui de Proust. Quand Apostrophes sâarrĂȘte, lâinfatigable Bernard crĂ©e Bouillon de culture, Ă lâhorizon plus large que les livres. LâĂ©mission cesse en juin 2001. Le dernier numĂ©ro rassemble 1,2 million de tĂ©lĂ©spectateurs. Ce passionnĂ© de littĂ©rature tient rĂ©guliĂšrement une chronique dans le Journal du Dimanche.
Culture RĂ©servĂ© aux abonnĂ©s Ă l'heure oĂč Bernard Pivot publie un livre sur l'amitiĂ© et quitte sa chronique du JDD », Pierre Boncenne rappelle le mĂ©pris social dont il fut l'objet. Bernard Pivot pose pour les photographes le 29 juin 2001 sur le plateau de la derniĂšre Ă©dition de son Ă©mission Bouillon de culture ». © PIERRE-FRANCK COLOMBIER / AFP Il n'est pas de la paroisse » cette expression concise m'a toujours semblĂ© la meilleure maniĂšre de rĂ©pondre aux interrogations sur la place singuliĂšre occupĂ©e par Bernard Pivot dans la vie des livres. Peu importe ici notre connivence, la maniĂšre dont nous avons cheminĂ© ensemble Lire, Apostrophes, Bouillon de culture et, au-delĂ , partagĂ© tant de moments d'amitiĂ© cette affinitĂ© rĂ©ciproque dont il parle si bien dans son dernier livre, Amis, chers amis. Ă partir de mon poste d'observation, je veux juste rappeler un Ă©tat de fait le plus souvent oubliĂ© aujourd'hui, enfoui dans les dĂ©gĂąts provoquĂ©s par les furieuses diatribes Ă l'encontre du spectacle audiovisuel, coupable, comme chacun sait, d'assassinat de la littĂ©rature et de la toute une pĂ©riode, Bernard Pivot... Je m'abonne Tous les contenus du Point en illimitĂ© Vous lisez actuellement Quand Bernard Pivot Ă©tait le coupable idĂ©al 20 Commentaires Commenter Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă la charte de modĂ©ration du Point. Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă la charte de modĂ©ration du Point.
Chez lui Ă Paris le 13 janvier. © Patrick Fouque / Paris Match 24/01/2021 Ă 0535, Mis Ă jour le 23/01/2021 Ă 1838 Le journaliste et homme de lettres sâattaque sans complexe aux vertiges de lâĂąge dans son nouveau roman, ... mais la vie continue ». Vieillir est un mĂ©tier Ă temps complet. On sâobserve, on sâausculte, on sâinquiĂšte. Certains noms propres se retirent de la mĂ©moire sur la pointe des pieds. WikipĂ©dia est lĂ dĂ©sormais mais certains se refusent Ă y aller trop vite. Surtout ne pas encourager la paresse des neurones ! Avoir des rides au front nâoblige pas Ă en avoir au cerveau. Evidemment, il y a Alzheimer. Cette horreur joue auprĂšs des personnes ĂągĂ©es le rĂŽle de lâogre auprĂšs des enfants. On lui livre des combats en ligne Ă lâaide des mots croisĂ©s ou du Sudoku. Ou bien, comme Bernard Pivot, on se requinque avec la lecture, cette bonne vieille aussi Bernard Pivot "Goncourt, mon amour" La suite aprĂšs cette publicitĂ© Autrefois, câĂ©tait presque une marĂątre. Pour Apostrophes », il fallait engloutir des centaines de pages par semaine. A la prĂ©sidence du Goncourt, lâĂ©tĂ© tournait Ă lâĂ©preuve de force. Aujourdâhui, câest une nymphe. Il nâa plus que sa chronique du Journal du dimanche ». Câest dâailleurs un paradoxe qui le laisse rĂȘveur quand on est jeune et quâon a la vie devant soi, on est toujours pressĂ© ; devenus vieux, quand lâavenir nous est mesurĂ©, on prend tout son temps. Bizarre. Mais pas dĂ©sagrĂ©able on savoure vite la lenteur. Si les autres sâagitent, grand bien leur fasse. La suite aprĂšs cette publicitĂ© Lire aussi Bernard Pivot bouillonne de questions Comme disait Balzac, les vieillards sont des gens qui ont dĂźnĂ© et regardent les autres manger. Inutile de sâĂ©nerver. Pivot, par exemple, Ă©tait nĂ© impatient. Ăa lui est passĂ©. Plus question pour lui de sâĂ©chauffer Ă tort et Ă travers. Il faut se tenir soi-mĂȘme Ă lâĆil. Avec le grand Ăąge, les qualitĂ©s se bonifient, tout comme les dĂ©fauts sâaggravent. TrĂšs bonne raison pour ne pas se laisser aller. La suite aprĂšs cette publicitĂ© La suite aprĂšs cette publicitĂ© Vous ne ferez pas dire Ă Pivot que câĂ©tait mieux avant. Dâabord parce quâil trouve lâaffirmation idiote ; ensuite parce quâelle trahit trop vite son vieux con ». Cela dit, la politesse ancienne lui manque. Et, contrairement Ă lâĂ©poque, il ne hisse pas la dĂ©rision au rang de vertu hygiĂ©nique. Il se demande mĂȘme si, autrefois, on nâavait pas plus de considĂ©ration pour les vieux. Peut-ĂȘtre aussi parce quâil y en avait moins. Promis il va y rĂ©flĂ©chir. Mais plus tard. Pour lâinstant, il sort un nouveau livre. Son sujet le quatriĂšme Ăąge. Je vous rassure rien du ronchon professionnel qui rĂ©pand son venin. Rien non plus du papy philosophe qui prend tout avec Jurus, son personnage, 82 ans, a beau se tasser, avoir du mal Ă lacer ses chaussures, pester contre son ordinateur et trouver quâil a parfois la tĂȘte aussi lourde que les jambes, il reste un parfait sosie de Pivot le bon vivant qui prend tout avec ironie mais ne se cache pas derriĂšre son petit doigt. Sâil faut appuyer lĂ oĂč ça fait mal, il va le faire. Et pas de pudibonderie, non plus. La littĂ©rature a souvent des pudeurs de petite cuillĂšre dĂšs quâelle aborde la sexualitĂ© des gens ĂągĂ©s. Rien de tel. Ce Jurus a lâĆil et le bon. Il voit tout des huit copains et copines dont il parle dans son livre. Et il dit tout. Ăa fait beaucoup de bien. Une vraie bourrasque de fraĂźcheur et dâironie dans une annĂ©e plombĂ©e par lâatmosphĂšre dâEhpad qui sâest abattue sur lâ est allĂ© interroger lâauteur. Lui a 85 ans. Et, avec ça, toujours la bougeotte. CâĂ©tait ma quatriĂšme interview avec lui en vingt ans. Eh bien, câĂ©tait Ă une quatriĂšme adresse. Il ne change pas. Comment fait-il ? RĂ©ponse en 220 pages. JâĂ©cris pour garder lâesprit vif, joyeux et curieux Paris Match. A quel Ăąge ĂȘtes-vous devenu vieux ? Bernard Pivot. Le jour de mes 80 ans. Je me suis dit que jâentrais dans le grand Ăąge. Avant, je nây avais jamais pensĂ©. LĂ , jâai songĂ© que ma vie aurait une fin. Un drĂŽle dâeffet. Mes 80 premiĂšres annĂ©es Ă©taient passĂ©es comme une lettre Ă la poste. Je me suis dit âchapeau !â Mais des amis sont partis. Certains avaient mon Ăąge. Je me consolais en me disant que chaque annĂ©e a son quota de dĂ©parts et que le leur me laissait un rĂ©pit. Mais que tout cela passe vite. Jâen suis Ă 85. Et, croyez-moi, 85 ce nâest pas 82. Câest comme entre 7 ans et 10 ans. Chez les vieux, câest comme chez les tout jeunes. Les petites diffĂ©rences deviennent Ă©normes. "JâĂ©vite de rĂąler pour ne pas avoir lâair bougon" Est-il dur dâĂȘtre un vieux monsieur ? On sent son Ăąge. Tout vous inquiĂšte. Parfois le corps en a marre. Votre moi mĂ©dical sâempare du moindre pĂ©pin. Câest pourquoi jâĂ©cris. Pour garder lâesprit vif, joyeux et curieux. Diriez-vous quâil nâa jamais Ă©tĂ© aussi facile dâĂȘtre vieux ou que ça nâa jamais Ă©tĂ© aussi frustrant ? Les deux, bien sĂ»r. MoliĂšre est mort Ă 51 ans, Ă©puisĂ©. Aujourdâhui, câest la force de lâĂąge. Ăa allonge lâespoir. Le jeunisme, en revanche, peut ĂȘtre blessant. Câest le nouvel apartheid. DĂšs quâon parle de vous dans un journal, on donne votre Ăąge. On ne signale ni vos qualitĂ©s, ni vos dĂ©fauts, on commence par votre fiche dâĂ©tat civil."Les tweets peuvent ĂȘtre un enfer. Et un enfer dangereux. " Est-ce que ce sont vos qualitĂ©s qui sâĂ©panouissent ou vos dĂ©fauts qui sâaggravent ? Mon grand dĂ©faut Ă©tait lâimpatience. Je la maĂźtrise beaucoup mieux. Mais, surtout, jâĂ©vite de rĂąler pour ne pas avoir lâair bougon. Il faut nâavoir pas connu les annĂ©es 1940 pour croire que câĂ©tait mieux avant. On passe vite pour un vieux con. Et les jeunes filent Ă tiredâaile. A juste titre. Vous nâavez pas de nostalgies ? Si, naturellement. Certaines pĂątisseries, par exemple, comme les âconversationsâ, un gĂąteau qui a disparu. Et, plus sĂ©rieusement, une forme de rapports entre les hommes et les femmes. Aujourdâhui, la galanterie est presque une prise de risque. On est vite soupçonnĂ© de mĂ©pris ou dâagression sexiste. Mais, dâun autre cĂŽtĂ©, que dâavantages ! Lâordinateur simplifie tellement la vie. Je me rappelle, dans les annĂ©es 1950, quand je retrouvais Bouvard Ă minuit au marbre du journal pour dicter nos papiers directement aux linotypistes. Et puis quels plaisirs dans la presse ! Les patrons ne sont plus par-dessus votre Ă©paule. On est plus libre de ses mouvements, de son temps, de ses jugements. En revanche, les tweets peuvent ĂȘtre un enfer. Et un enfer dangereux. Pour moi, quand on est journaliste, on ne balance pas nâimporte quoi."En me cachant derriĂšre les neuf personnages du livre, jâaborde des thĂšmes dĂ©licats que je nâaurais pas traitĂ©s si jâavais parlĂ© de moi" Etes-vous devenu une personne fragile ? Jâai toujours Ă©tĂ© prudent. Quand je jouais au foot, en milieu de terrain, Ă lâĂ©poque on disait quâon jouait inter », je me rangeais des voitures quand jâaffrontais les grosses brutes qui cassent du bois. Donc je le suis restĂ©. Le confinement ne mâa ni gĂȘnĂ© ni vexĂ©. De toute façon, jâai vĂ©cu confinĂ© des dizaines dâannĂ©es. Je lisais du matin au soir. CâĂ©tait ma vie. Pourquoi avoir Ă©crit un roman plutĂŽt quâun essai allĂšgre sur le grand Ăąge ? Disons que câest une chronique romanesque. Sans doute ai-je choisi cette formule par pudeur. Je ne voulais pas parler de ma santĂ©. En me cachant derriĂšre les neuf personnages du livre, jâaborde des thĂšmes dĂ©licats que je nâaurais pas traitĂ©s si jâavais parlĂ© de moi. La sexualitĂ©, par exemple, est un vrai tabou en littĂ©rature. Je nâai pas de souvenirs de bons livres sur ce thĂšme. Peut-ĂȘtre un ouvrage japonais sur un vieux couple. Me cacher derriĂšre les copains de ce livre Ă©tait trĂšs amusant. Un dĂ©doublement excitant pour lâesprit."Ce qui fait peur, câest la vraie solitude. Celle quâon ne partage avec personne." Avez-vous peur dâentrer un jour dans un Ehpad ? JâespĂšre y Ă©chapper. Je suis dans une situation privilĂ©giĂ©e car jâai deux filles que jâaime et qui mâaiment. Tant mieux car je dois dire quâau printemps dernier le spectacle des caravanes de cercueils sortant de ces Ă©tablissements Ă©tait saisissant et affreux. Parfois, en plein sommeil, jây songe. Mes personnages, eux, se fĂ©licitent de nây ĂȘtre pas. Ce qui fait peur, câest la vraie solitude. Celle quâon ne partage avec personne. Et puis le dĂ©labrement, le Trafalgar personnel. Comment imaginez-vous votre mort idĂ©ale ? Assis dans mon canapĂ©, et tout sâarrĂȘte. Ou bien, en train de relire un de mes auteurs prĂ©fĂ©rĂ©s, un Colette, un Voltaire, un Baudelaire ou un Giono. Avec, en fond sonore, un concerto de Mozart. Si vous rencontrez Dieu, quâespĂ©rez-vous quâil vous dise ? âAh, tiens, câest vous Pivot. Je vous attendais depuis longtemps. Pourriez-vous mâexpliquer enfin la rĂšgle des participes passĂ©s des verbes pronominaux ?â Comme je nâen serai pas capable, peut-ĂȘtre me renverra-t-il enquĂȘter sur le sujet. © Mais la vie continue », de Bernard Pivot, Ă©d. Albin Michel, 224 pages, 19,90 euros.
ĂgĂ© de 84 ans, l'ancien prĂ©sentateur de l'Ă©mission littĂ©raire "Apostrophes", veut pouvoir profiter "des Ă©tĂ©s qu'il lui reste" sans avoir Ă lire "entre 50 et 60 romans".Bernard Pivot s'est retirĂ© lundi 2 dĂ©cembre de l'AcadĂ©mie Goncourt, sociĂ©tĂ© littĂ©raire dont il Ă©tait membre depuis 15 ans et prĂ©sident depuis 2014. Il explique mardi sur franceinfo que c'est Ă cause de son Ăąge "canonique" de 84 ans, rappelant que ses fonctions Ă l'AcadĂ©mie Goncourt exigeaient qu'il lise "entre 50 et 60 romans en deux ou trois mois". "Jâai envie de reprendre une gestion libre, tranquille de mon temps, notamment pendant lâĂ©tĂ© ⊠je n'ai plus beaucoup d'Ă©tĂ©s devant moi", a-t-il ajoutĂ© pour expliquer ce choix qu'il juge "un peu Ă©goĂŻste". franceinfo Pourquoi avez-vous dĂ©cidĂ© de vous retirer de l'AcadĂ©mie Goncourt ? Bernard Pivot La raison tient dans un chiffre 84. 84 ans, câest mon Ăąge, et il est prudent, quand on arrive Ă un Ăąge aussi canonique, de laisser sa place Ă plus jeune et de se retirer alors quâon est encore assez lucide pour en prendre la dĂ©cision. Câest sans doute un petit pincement au cĆur ? Oui, parce que 15 ans Ă lâAcadĂ©mie Goncourt, câest 15 annĂ©es de plaisir, de beaucoup de conversations, de beaucoup dâĂ©changes littĂ©raires avec mes camarades de lâAcadĂ©mie Goncourt qui nâĂ©taient pas les mĂȘmes quâil y a 15 ans. LâAcadĂ©mie Ă©volue au fil des annĂ©es. De celle dans laquelle je suis entrĂ©e il y a 15 ans, il ne reste plus que deux membres, Didier Decoin et Françoise Chandernagor. Les autres sont des nouveaux, donc le renouvellement de lâAcadĂ©mie, câest sa vivacitĂ©, son intĂ©rĂȘt. Câest comme "Apostrophes", je suis parti au bout de 15 ans, câest une dĂ©cision personnelle d'arrĂȘter mes Ă©missions littĂ©raires. Je peux regretter. Je peux aussi regretter de ne plus ĂȘtre jeune, de ne plus avoir la vie devant soi, ce sont des regrets continuels. Mais je pense avoir fait du bon travail avec lâAcadĂ©mie Goncourt, enfin, jâai fait ce que jâai pu ! Et donc je pars serein et content ! Et non pas avec de lâaigreur, de la mĂ©lancolie ou de la tristesse. Est-ce que vous allez moins lire Ă lâavenir ? Je lirai moins en juin, juillet et aoĂ»t, ça câest sĂ»r ! Je lisais entre 50 et 60 romans en deux ou trois mois, lĂ câest fini ! Câest lâune des raisons [de son dĂ©part NDLR]. Jâai envie de reprendre une gestion libre, tranquille de mon temps, notamment pendant lâĂ©tĂ©. Je nâai plus beaucoup dâĂ©tĂ©s devant moi, Ă 84 ans. Et lĂ câest un choix un peu Ă©goĂŻste de dire "Pour les derniĂšres annĂ©es quâil me reste, privilĂ©gier mon plaisir de vivre, dâexister, dâavoir des relations avec mes proches, de profiter du soleil, de la mer, plutĂŽt que de continuer Ă lire mes jeunes confrĂšres". Vous lirez sans doute moins, mais peut-ĂȘtre twitterez-vous davantage ? Non je ne pense pas, il nây a pas de raison que je twitte davantage, non pas du tout. Comment permettre Ă chacun de mieux s'informer ? Participez Ă la consultation initiĂ©e dans le cadre du projet europĂ©en De facto sur la plateforme Franceinfo en est le partenaire
pour bernard pivot il etait de culture